Chez maman Guilbault

Un tour d'auto

À l’été 1964, invité par un ami à faire un tour d'auto, comme on le disait à l'époque, pour aller visiter des maisons-modèles à Boucherville, Yvon Guilbault demande à son épouse si ça lui tente.
Elle lui répond:

«Mais non... on n’a pas d’argent pour acheter une maison!»


Et pourtant, en avril 1965, la famille quitte la Petite-Patrie à Montréal et emménage dans son bungalow tout neuf de la rue Marie-Chauvin.
Cinquante-cinq ans plus tard, en février 2020, Denise Lortie Guilbault en compagnie de son fils Christian nous a raconté comment elle est devenue bouchervilloise.

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Pourquoi Boucherville?


Monsieur Guilbault avait gardé un très beau souvenir d'une retraite fermée faite chez les Jésuites dans la Villa de La Broquerie et Madame Guilbault se rappelle qu'à chaque fois qu'ils passaient dans Boucherville pour aller visiter son frère à Saint-François-du-Lac, son époux lui disait:
«Moi, un jour, il faudrait que je vienne rester ici.»


Caroussel

À partir de 1962, quelques entrepreneurs ont commencé à construire des bungalows à l'est de la rue Montmagny entre le Boulevard Marie-Victorin et la rue des Abbés-Primeau.
En 1963, les contracteurs Nestor Deshaies, Willie Downey, Jérôme Comeau, Bruno Deshaies, Gaston Touchette, Denis Lehoux et Racicot & Fils se réunirent dans un groupe qu'ils nommèrent CAROUSSEL. Ils organisèrent différents évènements de promotion dont une parade d'habitations au cours de laquelle les visiteurs pouvaient comparer les maisons-modèles construites par chacun . En janvier dernier, dans une interview qu'il nous a accordée,Monsieur Denis Lehoux nous a aussi mentionné qu'un kiosque avait été aménagé où étaient exposés des maquettes et des plans des maisons offertes par les différents contracteurs.

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La maison

«On avait vu une maison sur la rue de Mésy que j'aimais bien, mais... le bain était mauve. J'aimais pas ça!»
— Denise Lortie Guilbault

C'est une maison proposée par le constructeur Denis Lehoux qui a été choisie. Le modèle no. 63 retenu est une maison de plain-pied comptant trois chambres conçue selon les plans du modèle no. 50 auquel ont été ajoutés un abri d’auto, le fameux carport, et la finition du sous-sol .

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Au prix de 10500$, l’achat exigeait une mise de fond de 200$ et ce montant correspondait alors, selon madame Guilbault, aux économies du couple. Un prêt hypothécaire au taux de 6% fermé pour 25 ans a été garanti par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Monsieur Guilbault a pu bénéficier d’une réduction de .50% du taux d’emprunt consenti par son emplyeur d'alors la banque d'Épargne. De plus, grâce à un programme gouvernemental d’aide à la construction en hiver, une prime de 500$ a réduit d'autant le montant d’achat .

La maison a donc été construite sur la rue Marie-Chauvin pendant l’hiver de 1964-1965 et Christian se rappelle quand il venait avec ses parents, son frère et sa soeur visiter le chantier.

En avril 1965, la famille a quitté son logement de la Petite-Patrie pour emménager dans une maison toute neuve.
«J’étais tellement heureuse!» nous dit madame Guilbault particulièrement fière des beaux planchers, du four encastré, d’une lingerie, d’une armoire à balai. Toutes choses dont l’ancien logement ne disposait évidemment pas.

«On était fiers de montrer la maison et le quartier aux amis et à la famille qui venaient nous voir en faisant un tour d’auto.» ajoute Christian.

Le quartier

Les Guilbault étaient parmi les premiers occupants de la rue Marie-Chauvin. Dans leur souvenir, il n’y avait que deux ou trois autres maisons déjà construites sur la rue sans trottoirs et non pavée.
L’aménagement paysager était laissé aux soins des propriétaires sauf sur la rue de Mésy, la première à avoir été développée où la ville s’en était occupé pour attirer une nouvelle population.

Il n’y avait que peu de maisons sur les rues adjacentes et on pouvait encore voir des vaches dans les champs avoisinants.



Le quartier, par contre, s’est rapidement développé et en deux ou trois ans les rues se sont remplies de nouveaux bungalows occupés par de jeunes familles venus de Montréal adopter la vie de banlieue.
Madame Guilbault nous a bien fait remarquer que contrairement au cliché véhiculé par certains à l’époque, Boucherville n’avait rien d’une ville-dortoir. Si l’auto était indispensable, le quartier était quand même pourvu des services nécessaires.


On faisait les courses au IGA du centre d’achats Boucherville où on pouvait aussi être coiffé chez LES SALONS YVETTE ;
habiller les enfants CHEZ LOULOU ;
faire ses transactions à la SCOTIA BANK;
acheter des bijoux à la BIJOUTERIE R. LEBEL JEWELLER ;
louer de la vaisselle chez à la PATISSERIE MONACO BUFFET ou trouver de tout chez JAZZAR.


Pour accueillir les nombreux nouveaux enfants on a rapidement construit la nouvelle école Père Marquette où Christian se souvient de s’être rendu, au début, en marchant à travers les champs. Auparavant, c’est l’école Louis H. Lafontaine que les enfants fréquentaient et où la messe était célébrée.

L’augmentation de la population a fait en sorte que la paroisse Saint-Sébastien a reçu sa propre église toute neuve en 1966.

Petit à petit, au gré de diverses activités communes, la vie et le sentiment d'appartenance au quartier se sont développés. Madame Guilbault se rappelle de partys dans les rues pour célébrer certaines occasions comme la fête nationale et aussi qu’un certain hiver, on organisa une promenade en traîneau, un «sleigh ride», pour les voisins du Caroussel.

Maman Guilbault

La maison de la famille est vite devenue le «centre de la vie de quartier» nous a dit Christian. Très tôt Madame Guilbault s’est mise à garder des enfants dont les parents travaillaient à l’extérieur et en particulier ceux des enseignantes nouvellement arrivées dans les écoles des alentours. Plusieurs enfants venaient aussi dîner le midi chez elle.

La maison de la rue Marie-Chauvin était le centre d’attraction pour tous ces enfants qui se sont pris d’affection pour «Maman Guilbault et Papa Yvon» comme ils le disaient.

En été, la cour arrière avec sa piscine hors terre amenait plein d’enfants jouer avec Christian, son frère et sa soeur et l'hiver tous profitaient de la neige abondante de l'époque.


Quand les enfants ont grandi Madame Guilbault s’est tournée vers le bénévolat et y a consacré quarante ans de sa vie.
Le 20 avril 2019, le journal La Relève la décrivait ainsi:

Elle est la principale responsable de l’organisation du bazar de la paroisse Saint-Sébastien. Ce n’est toutefois qu’une partie du bénévolat qu’elle a exercé au fil des ans. Elle a en effet oeuvré au sein du comité de la Guignolée de la paroisse Saint-Sébastien, de l’Atelier Saint-Sébastien, du comité d’entraide et de la Société canadienne du cancer. Désignée bénévole de l’année par la paroisse Saint-Sébastien en 1988, elle a aussi reçu en 2005 l’Ordre du mérite diocésain qui met en lumière des personnes se dévouant au service de leur église. En 2019, elle a reçu le prix Florence Junca Adenot de l’Ordre du mérite.

En mars dernier, elle a aussi reçu la médaille du Lieutenant-gouverneur du Québec pour souligner toutes ces années de dévouement.

Bouchervilloise

Denise Lortie Guilbault a maintenant 90 ans. Nous lui avons demandé à quel moment elle s'était sentie bouchervilloise après avoir quitté Montréal.

Voyez ce qu'elle nous a répondu.