valeur patrimoniale

Après la Seconde Guerre mondiale, la population de Boucherville est passée de 3030 habitants en 1951 à 8182 en 1961. Puis, avec les développements routiers, notamment ceux du pont-tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine et de la route Transcanadienne d'une part et le développement d'un parc industriel d'autre part, la population passe entre 1961 et 1971 de 8182 à 21072 habitants.
Ces deux décennies transforment Boucherville et entraînent une modification radicale de l'occupation de son territoire et du mode de vie de sa population.

Des maisons toutes semblables, des rues toutes semblables, des quartiers tous semblables.
Des banlieues toutes semblables.
Ville-dortoir, la pelouse, la clôture, le BBQ, la piscine, le chien...
Tout pareil.
Le bungalow de banlieue mérite-t-il qu'on s'y intéresse? Se pourrait-il qu'il ait une valeur patrimoniale?
Qu'entend-on par valeur patrimoniale?

Depuis l’adoption de la Convention de l’Unesco sur le patrimoine immatériel (2003) et la Loi sur le patrimoine culturel du Québec (2011), on assiste à un élargissement de la notion même de patrimoine. De nouvelles approches et de nouveaux objets nous sont offerts pour nous approprier notre histoire. Cette notion de patrimoine est englobante et correspond aux nouvelles tendances véhiculées par les chartes internationales en conservation.

Cette approche nous permet de porter une attention particulière au développement résidentiel d’après-guerre qui compose une part importante du patrimoine de la banlieue. Dans les secteurs de Boucherville visités nous avons retrouvé, entre autres, des ensembles homogènes des premiers bungalows des années 1950 et 1960 fort intéressants. Ici, il s’agit de faire ressortir la spécificité et les caractéristiques de ces Ensembles urbains d’intérêt.

La protection et la valorisation de ces ensembles sont des leviers qui participent à la démocratisation et à l’élaboration de visions communes de manière à intégrer de nouvelles formes du patrimoine durables et significatives pour la communauté.
Alors que les premières lois visaient davantage la protection des monuments pour leur force de commémoration, la Loi sur les biens culturels engage l’État québécois dans l’articulation progressive d’une collection de biens, témoins significatifs pour toute la collectivité, de son histoire, de sa façon de s’implanter en terre québécoise et d’en utiliser les ressources, de créer son propre langage architectural et esthétique, de produire ses outils, etc.


C'est cette nouvelle vision du patrimoine qui fait dire à l'historienne de l'architecture Danielle Pigeon
[qu'on] a enfin compris que le bungalow fait bel et bien partie de notre patrimoine architectural et que plusieurs de ces petites maisons présentent malgré tout des qualités indéniables. Et un demi-siècle d'existence joue certainement en leur faveur; pour les jeunes adultes actuels, le bungalow des grands-parents est devenu une véritable maison ancestrale! Enfin, comme l'a suggéré un de nos historiens, nos bungalows et nos frigos ne furent-ils pas d'autres formes de ce Refus global qu'on n'en finit plus de citer comme élément fondateur de notre modernité?[...]
Il est grand temps qu'on songe à préserver quelques beaux ensembles de cette architecture tellement représentative des façons de construire et d'habiter d'une époque charnière de notre histoire.(1)

Luc Noppen, professeur et directeur de la chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain à ESG, UQAM explique dans les vidéos suivants la valeur patrimoniale de l'ensemble Dorion Garden. Selon nous, ses explications s'appliquent tout à fait à des ensembles très semblables dans Boucherville, notamment dans les secteurs de la ville que l'on nommait à l'époque, Domaine Racicot, Beaurivage Gardens, Carrousel, Villeroi ou De la Broquerie par exemple.


Nous croyons qu'il est maintenant pertinent de se questionner quant au futur des bungalows de Boucherville témoins d'une époque et d'un certain art de vivre. Nous verrons plus loin qu'à cause du cycle, dirons-nous, naturel de l'appropriation et de la réappropriation perpétuelle de ces maisons maléables par leur propriétaires successifs d'une part et de la pression foncière qu'exerce la valeur du terrain convoité sur lequel elles sont construites, elles risquent maintenant de disparaître de notre paysage culturel au profit de cottages victoriens, de condos-en-série et/ou autres super-manoirs-avec-garages-triples.


RÉFÉRENCES

1. Pigeon, D. (2006). École du bungalow. Cap-aux-Diamants, (84), p.19.