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Photo: La Presse, 16 juin 1966

EXPROPRIÉES


Au printemps 1966, une trentaine de familles de Boucherville doivent céder leur propriété pour faire place à la nouvelle route 132.
Elles doivent partir, mais la plupart refusent d'abandonner leur maison.

Elles l’emportent avec elles.

La famille Parenteau

Au mois d'août 1965, Raymond Parenteau apprend qu'il sera exproprié par le ministère de la Voirie du Québec.
Sa fille Josée a puisé dans sa mémoire pour nous raconter l'aventure qu'a été le déménagement de la famille.

la route s'en vient...

Les chantiers de construction de la route 12 désignée alors route 3A ont débuté à l'automne 1963.
Construite entre Candiac et Longueuil sur la rive du fleuve Saint-Laurent, elle s'en éloigne à Bouchervile pour entrer dans les terres et passer au sud du village.

Les travaux toucheront des portions des rues Bachand, Cicot, Jacques Bourdon, Des Vétérans, Louis-Robert et du boulevard Marie Victorin.

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En août 1961, Raymond et Suzanne Parenteau avaient acquis la maison-modèle de la compagnie Duvert Construction Ltée qui a construit toutes les maisons de la rue Jacques Bourdon.

La façade de la maison située au 40 donnait sur la portion de la rue Jacques Bourdon qui rejoignait la rue Cicot voisine.
Josée nous rappelle qu'à l'époque la rue Jean-Talon n'existait pas.

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On voit sur les photos suivantes l'emplacement de la maison.
La deuxième image présente le plan de lotissement de la rue Jacques Bourdon qu'avait réalisé l'architecte Normand C. Gagnon. On y voit qu'il avait prévu un ensemble circulaire de maisons au bout de la rue. Cette partie ne sera jamais réalisée puisqu'elle aura été expropriée.

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Josée se rappelle qu'il s'était développé depuis leur arrivée sur la rue une certaine communauté entre les jeunes familles de ce secteur un peu enclavé au nord de la voie ferrée.

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L'avis d'expropriation était formel, il fallait quitter Jacques Bourdon et trouver à se loger ailleurs.
Deux options étaient possibles pour les futures expropriés: soit utiliser le montant d'idemnisation monétaire offert pour acheter une nouvelle maison, soit trouver un terrain ailleurs et y faire transporter leur demeure.
C'est cette deuxième option que choisit M. Parenteau.

On verra plus loin dans le prochain onglet que les négociations entre l'ensemble des propriétaires visés et le ministère furent compliquées et ardues.

Quand les parties se mirent enfin d'accord, Monsieur Parenteau a acheté un terrain tout au bout de la rue Guérin adjacent à la voie ferrée.

Écoutez Josée expliquer le choix de la rue et du terrain.

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les travaux

Il fallait ensuite obtenir un permis de la Ville pour faire transporter la maison rue Guérin.
Une fois ce permis accordé, les travaux préparatoires pour le déplacement de la maison pouvaient commencer.

Il fallait creuser une tranchée autour de la maison, installer d'énormes poutres de soutien, la séparer du plancher du sous-sol, la soulever puis la déposer sur un fardier.
La petite Josée était bien occupée.

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Au sous-sol, il fallait s'assurer du déménagement des équipements mécaniques de la maison: système de chauffage, réservoir d'huile, réservoir d'eau chaude, salle de lavage, etc.

Pour ce faire, selon ce que Josée nous a dit, on trouva une solution pour le moins étonnante.

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Pendant toute la durée des travaux, la famille était demeurée dans la maison. À la fin de l'été, elle était prête à être déplacée rue Guérin.

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Pour se rendre au nouvel emplacement, le transporteur a suivi le trajet suivant: Jacques Bourdon direction est jusqu'à Cicot, puis direction nord sur la rue Cicot encore accessible malgré les travaux déjà avancés sur la nouvelle route 3A.
Ensuite, la rue Marie-Victorin vers l'est, puis la rue Desmarteau jusqu'à la voie ferrée du Canadien National.

Pourquoi passer par la rue Desmarteau plutôt que Guérin?

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Déposer la maison sur son site était plus facile pour le transporteur puisque près de la voie ferrée au bout des rues Desmarteau et Guérin étaient vacants. De plus, la partie arrière du terrain est beaucoup plus large que l'avant sur la rue Guérin.

Il fallait maintenant exécuter les travaux pour déposer le bâtiment, le raccorder aux services d'aqueduc, d'égout, d'électricité etc.
Refaire l'aménagement paysager .

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Et à l'intérieur? Il a fallu beaucoup de temps pour s'installer? Beaucoup de boîtes à défaire, de mobilier à replacer?

«...peut-être pas le beau cristal...»

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un mal pour un bien

Nous avons demandé à Josée quels effets avait eu cette aventure sur la famille selon elle.
Comment cette expropriation imprévue avait affecté ses jeunes parents qui tout juste cinq ans plus tôt venaient d’acheter leur première maison qui devait devenir le foyer familial?

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Et elle, la fillette au tricycle, la petite Josée de 4 ans, comment avait-t-elle réagi à tout cela?

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«...moi déménager, c'était ça...»

Bouge de là…

C’est un peu ce que se sont fait dire une trentaine de propriétaires de maisons par le ministère de la Voirie du Québec en 1965.
La nouvelle route 3A, alors en construction, devait passer sur leur terrain : ils allaient être expropriés.
Et l’affaire allait vite se compliquer.

Le 25 août, le ministère informe les personnes concernées qu’elles devront quitter et libérer leur maison au plus tard le 15 octobre.Elles recevront, assure-t-on, une avance monétaire calculée selon la valeur de leur propriété.
Dans l’urgence, plusieurs se mettent à chercher un nouveau logis, en se basant sur le montant de l’indemnité annoncée. Certains envisagent l’achat d’une autre maison, d’autres optent plutôt pour l’acquisition d’un terrain afin d’y faire transporter leur demeure.

Puis, coup de théâtre : une deuxième lettre du ministère annonce que le montant de l’indemnisation a été fortement revu à la baisse… et que la date d’expropriation est reportée à décembre.

Stupéfaits, les propriétaires réagissent avec colère puisque les démarches déjà entreprises reposaient sur les montants et le calendrier d’abord annoncés. Ils estiment perdre des sommes importantes et se sentir floués par les délais imposés.

Voyez un résumé de la situation dans La Seigneurie du 6 décembre 1965


Dans une lettre adressée au chargé du projet d'expropriation et parue dans le journal La Seigneurie, Monsieur Ed. Saint-Louis affirme au nom du groupe des propriétaires visés que les décisions du ministère constituent des faits révoltants indignes d'un régime appelé libéral dans un pays supposé encore démocratique, et il demande que le Ministère prenne ses responsabilités vis-à-vis ses promesses d'un "règlement juste et équitable" dans un "bref délai."

Lisez la lettre de M. Saint-Louis parue dans La Seigneurie du 13 décembre 1965


Finalement, l’histoire se termine sur une note positive.À la suite d’une rencontre à Québec entre le sous-ministre de la Voirie, les responsables du projet, le maire Clovis Langlois et le conseiller M. Lalonde, un compromis est trouvé.
Reconnaissant les erreurs commises, le sous-ministre déclare: Nous avons agi maladroitement et La situation sera maintenant corrigée...

Voyez un compte-rendu de la rencontre dans La Seigneurie du 20 décembre 1965

Exemple d'un avis du ministère de la Voirie, publé dans La Presse du 30 novembre 1965. Il concerne 4 des propriétés visées sur la rue Cicot.


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Les maisons bougent

Peu de documents permettent de faire l'histoire de cette expropriation massive. Outre les rares articles publiés dans le journal local La Seigneurie et un ou deux entrefilets dans La Presse de l'époque, on en a peu conservé de traces.

La lettre de Monsieur Ed. Saint-Louis parue dans La Seigneurie dont nous avons parlé dans l'onglet précédent contient la seule liste des familles visées que nous avons trouvée.

Nous avons pu retracer d'autres informations à propos des maisons transportées ou démolies dans les demandes de permis de construction que le service des archives de la Ville de Boucherville nous a fournies.

Par ailleurs nous avons trouvé dans les deux groupes Facebook Boucherville... un brin de nostalgie et Le Boucherville des bungalow quelques témoignages et photos d'époque.

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On peut distinguer deux ensembles de maisons expropriées selon qu'elles étaient sur le tracé du chantier principal de la route 132 ou celui du chantier secondaire de la rue Jean-Talon.

Chantier route 132


Le tracé de la route 132 a touché directement cinq rues.

Les rues Cicot et Bachand ont été chacune amputées d’une portion ce qui a fait qu’on distingue maintenant les rues Bachand Nord et Bachand Sud et Cicot Nord et Cicot Sud.

La rue Des Vétérans a elle été retranchée de toute sa portion qui rejoignait le boulevard Marie-Victorin en bordure du fleuve.

L’emprise du côté nord de la route a obligé le déplacement de 3 maisons de la rue Louis-Robert.

Enfin, la construction d’un pont pour permettre le passage de la voie ferrée et du boulevard Fort-Saint-Louis au dessus de la nouvelle route a entraîné un réaménagement du boulevard Marie-Victorin pour permettre des voies de sortie et d’accès à la nouvelle route. Deux bâtiments ont été touchés par cette reconfiguration.

Cliquez sur l'image pour voir des exemples de propriétés expropriées.

Rue Jean-Talon


Les résidants des rues Bachand, Cicot, Jacques Bourdon et des Vétérans au sud du tracé de la route 132 perdaient l’accès direct au boulevard Marie-Victorin. La rue Jean-Talon a été donc aménagée pour permettre de rejoindre le nouveau tracé du boulevard Marie-Victorin par le rue Fréchette.


Dans les années qui ont suivi plusieurs ensembles de maisons sont apparus sur de nouvelles rues entre la voie ferrée et la rue Jean-Talon.

Cliquez sur l'image pour voir des exemples de propriétés expropriées.